Interview – Le monde d’après : vers une innovation en santé plus collaborative

L'avenir de l'innovation en santé : interview
La crise sanitaire a mis en exergue l’importance de l’innovation technologique dans nos vies. Et c’est encore plus vrai dans le domaine de la santé, où les avancées se multiplient. Alors, quels enjeux se dessinent pour les acteurs de l’innovation en matière de santé ? Florence Agostino-Etchetto, directrice générale de Lyonbiopôle, a accepté de faire le point avec nous sur le monde d’après.

Bonjour Florence Agostino Etchetto. Commençons par parler de vous et de Lyonbiopôle.

Lyonbiopôle est une association labellisée pôle de compétitivité en santé depuis 2005. J’en suis aujourd’hui la directrice générale, après avoir été directrice de l’innovation. Mon rôle est de piloter et réfléchir à la stratégie d’accompagnement des entreprises et des acteurs académiques de l’innovation en santé. Je m’occupe aussi, plus globalement, de l’écosystème de santé local. 

Concrètement, mon objectif est de participer à l’émergence et à la structure d’un système académique et entrepreneurial en santé, à travers l’éclosion de projets et de partenariats entre le public et le privé. 

Les équipes de Lyonbiopôle déterminent des actions nécessaires à long terme et accompagnent le développement et la croissance des PME innovantes en santé. À ce jour, nous comptons 245 membres, dont 204 PME et 20 grands groupes et ETI , mais aussi des adhérents académiques et hospitaliers. Nous faisons collaborer dans un même réseau des acteurs assez différents et à l’activité forte.

Cette période est-elle malgré tout favorable à l’innovation ?

Elle est en tout cas favorable à l’innovation en santé. Ce n’est pas une problématique que l’on peut aborder dans l’urgence, mais plutôt un investissement continu avec des acteurs implantés sur le territoire. 

On avait tendance à considérer les maladies infectieuses comme des maladies d’autrefois. Pourtant, cette période a douloureusement mis en lumière que non seulement ce genre de maladies est toujours d’actualité, mais qu’il existe beaucoup de sujets à risques. C’est pour eux qu’il faut innover en continu, car il n’y a pas d’arsenal tout prêt permettant de réaliser des diagnostics et de lancer des thérapies

Comme on ne peut pas s’improviser sur l’innovation en santé, il ne faut jamais relâcher l’effort. Sans innovation, on n’a pas d’autre choix que de faire au mieux avec les moyens dont on dispose. Et sans effort continu, on laisse beaucoup de place à l’imprévu.

La pandémie va nous former sur d’autres sujets, sur d’autres virus. D’une certaine manière, c’est aussi une maladie de notre société, caractérisée par des déplacements importants, des équipements nombreux et une utilisation importante de matières premières. Il s’agit aujourd’hui de retrouver une forme d’équilibre.

Selon vous, l’innovation en santé est-elle assez soutenue ? 

Il y a beaucoup d’annonces qui ont été faites. Plus de moyens, c’est bien, mais une constance dans les moyens, c’est encore mieux. Le risque, c’est d’interrompre le processus créatif de l’innovation. C’est pourquoi un effort continu de financement est indispensable. Mais ça reste quand même un bon début ! 

On sait que, structurellement, il y a une vraie problématique sur les financements en fonds propres des entreprises en santé. Le soutien, et notamment la capacité à trouver des investisseurs qui participent à des tours de table, est donc une vraie question. Le domaine de la santé a aussi ses propres spécificités : pendant longtemps, un modèle « cash burn » a subsisté. Il rendait le coût de recherche élevé et augmentait le niveau de risque jusqu’aux phases cliniques. 

Pour garder des écosystèmes actifs et pertinents, il est essentiel de renforcer l’accès à des fonds d’investissement. Mais il s’agit aussi de décider comment on structure et comment on accompagne ces fonds. Ils sont peu nombreux et ne disposent pas d’autant de moyens qu’aux États-Unis par exemple, où les projets sont accompagnés plus longtemps et plus loin. 

Une autre question se pose : comment favoriser l’intégration de l’innovation dans les achats publics en ville ou à l’hôpital ? Et cela, sans dénaturer la nécessité de mettre en place une réglementation qui contrôle les produits de santé. C’est pour ça qu’il est important pour nous de créer des espaces de dialogue avec les autorités au sujet des réglementations.

À lire : Regards croisés sur l’innovation à la Fondation Synergie Lyon Cancer

À la suite de la crise, l’innovation va-t-elle être plus frugale ?

La frugalité est un concept difficile à manipuler en matière de santé, car nous sommes soumis à beaucoup de réglementations, notamment en termes de recherche et de distribution. Par exemple, on parle beaucoup du vaccin, mais son industrialisation coûte cher et s’accompagne de nombreuses contraintes réglementaires.

Il va falloir être très vigilant, notamment suite aux dispositifs PGE et au chômage partiel. Aujourd’hui, on se demande comment accompagner les entreprises innovantes qui, pour certaines, ont vu leur projet stoppé à cause de la crise sanitaire. C’est le cas aussi de certains essais cliniques, qui ont été mis entre parenthèses puisque les médecins ne pouvaient plus exercer.

Pour autant, cette période a beaucoup aiguisé l’appétit des entrepreneurs qui ont encore plus envie de continuer à déployer des projets.

Quelle est votre vision pour le futur ? 

Voir qu’un si petit organisme puisse mettre la planète entière au point mort a été un électrochoc. Le bon côté des choses, c’est qu’on devrait maintenant pouvoir rediscuter d’un certain nombre de sujets qui dépassent les clivages politiques et les frontières.

Il va falloir prendre en compte des entreprises que l’on ne connaissait pas, qui sont extérieures au domaine de la santé et qui ont des technologies pouvant apporter des briques intéressantes. Il faut avoir une approche plus larges. Je pense par exemple aux secteurs du textile et de la plasturgie, qui ont cherché des solutions pour fabriquer des masques et des tenues. 

Alors que la tension économique va encore se renforcer, l’écosystème d’entrepreneurs et de chercheurs reste actif, avec de nouveaux participants et des nouvelles collaborations. Bref, nous vivons un moment ambivalent. Mais je remarque que l’on se dirige vers une innovation encore plus collaborative. Et si la culture de l’innovation a une grande force, c’est bien sa capacité de réactivité et de créativité !

La période n’a pas freiné vos envies d’innover ? Après tout, créer son entreprise en 2020 n’est pas un pari si fou que ça ! CIC Place de l’innovation est là pour vous soutenir et vous conseiller dans vos projets. Envie d’en savoir plus ?

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